Stop aux Violences faites aux Femmes

Virginie Sassoon : “Savoir détecter le sexisme et le racisme dans les représentations médiatiques est un enjeu démocratique fondamental”

Publié le
25/11/2019
par
Lisa Vaturi
∙ Mis à jour le
25/11/2019
Dans le cadre du plan d'actions de Make.org "Stop aux violences faites aux femmes", le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (Clemi) est partenaire du projet “C’est plus chouette quand on se respecte”, une série de programmes courts animés à destination des enfants de 4 à 6 ans (en cours de création). L’objectif : déconstruire les préjugés sexistes. Entretien avec la responsable du laboratoire du Clemi, Virginie Sassoon.

Quel a été votre parcours et en quoi consiste l’action du Clemi ?

Je suis docteure en sciences de l’information et de la communication, et j’ai consacré ma thèse à la représentation des femmes noires dans les médias. J’ai donc particulièrement étudié l’articulation du sexisme et du racisme dans les représentations médiatiques, tout en travaillant dans une ONG dont l’objet était de mettre en valeur les médias créés par des personnes issues de l’immigration. Par la suite, j’ai eu envie de mettre cette expérience au service d’un projet éducatif, et j’ai créé une association d’éducation aux images, Txiki Productions, qui organise notamment un festival de cinéma à Biarritz.

Je suis arrivée au Clemi il y a trois ans, avec l’impression d’y être parfaitement alignée avec mes engagements. Le Clemi est un opérateur du ministère de l’Education nationale, qui produit des ressources pédagogiques pour l’éducation aux médias, à destination des enseignants de la maternelle à la terminale. Nous organisons ainsi des événements comme la “Semaine de la presse et des médias dans l’école”, nous accompagnons la création de médias scolaires sur tout le territoire grâce à nos coordonnateurs dans chaque académie… Avec la conviction que la compréhension de l’actualité et du fonctionnement des médias, surtout pour les plus jeunes, est un enjeu important pour la vivacité de nos démocraties.

Quel est le rôle du Clemi dans le plan d’actions de Make.org contre les violences faites aux femmes, et plus précisément dans le projet “C’est plus chouette quand on se respecte” ?

Au sein du Clemi, je m’occupe notamment du concours national “Zéro Cliché pour l’égalité filles-garçons”, qui existe depuis sept ans. Dans ce cadre, nous sensibilisons les enseignants et les professionnels des médias sur la manière dont les enfants, dès le plus jeune âge, perçoivent les stéréotypes sexistes. Tous les élèves de la maternelle au lycée peuvent soumettre des articles de presse, des films, des podcasts, et à la fin, une cérémonie de remise des prix est organisée avec un jury de professionnels des médias et de personnalités.

Quand nous avons entendu parler du projet de Make.org “C’est plus chouette quand on se respecte”, j’ai immédiatement fait le lien avec le concours “Zéro Cliché”. Au Clemi, nous recevons chaque année énormément de productions d’élèves sur ce thème de la déconstruction des stéréotypes, donc nous savons les sujets qui les touchent, qui les révoltent. Nous avons transmis ces informations aux auteurs des spots, pour les aider à angler les scénarios.

Des déclinaisons des spots sont prévues sous forme de mallettes pédagogiques. Expliquez-nous.

Je trouvais très intéressant de nous associer avec une structure comme Make.org, car les enseignants n’ont pas toujours connaissance de tous les outils à leur disposition pour aborder ces sujets-là. J’ai vu dans cette campagne nationale de sensibilisation l’occasion de produire de nouvelles ressources. Ces mallettes pourront alimenter les réflexions de notre réseau d’enseignants, susciter des activités autour de la diffusion des spots, et conduire à la mise en oeuvre d’un véritable projet pédagogique.

Vous avez vu les premières visuels des spots, l’univers, les personnages, les scénarios. Qu’en avez-vous pensé ?

J’aime beaucoup la mécanique des scénarios fondés sur l’empathie, plutôt que sur la moralisation. Aujourd’hui, la question de la sensibilisation ne passe plus par des discours institutionnels, déconnectés. Nous sommes tous porteurs de préjugés, et se mettre à la place de l’autre est un effort qu’il est beaucoup plus facile de ne pas faire… surtout quand on n’est pas victime de racisme ou de sexisme. Une des forces de la fiction, et c’est l’ambition de ce programme, c’est de questionner les jeunes enfants, mais aussi les adultes, parents et enseignants, sur notre capacité à nous mettre à la place de celui à qui l’on dit : “non, ça, ce n’est pas pour toi”.

Visuel de la campagne "C'est plus chouette quand on se respecte", conçue par les auteurs et réalisateurs Franck Salomé, Nicolas Sedel et Fernando Worcel, et par l’illustratrice Sandrine Acquistapace.

Le format des petites vidéos est aussi très efficace. C'est aussi celui de notre série “La Famille Tout-Ecran”, composée de modules d’1 minute 30. Si nous arrivons à allumer quelque chose chez la personne qui reçoit le message, cela pourra ouvrir une porte de réflexion et lui donner envie d’aller plus loin. Je suis sûre que quand une génération de citoyens sera en mesure de détecter tous ces stéréotypes, nous aurons beaucoup moins, par exemple, de publicités sexistes ou racistes. Le seuil de tolérance est en train de se réduire. Ce développement de l’esprit critique sur la question des représentations médiatiques est vraiment fondamental dans l’éducation aux médias et à l’information.

👉 Découvrez le plan d’actions #Stop aux violences faites aux femmes