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[#StopAuxViolencesFaitesAuxFemmes] Certif Soutien Femmes : Réunion de travail entre la police nationale et le Collectif Féministe Contre le Viol

Publié le
4/4/2019
par
Lisa Vaturi
∙ Mis à jour le
30/8/2019
Objectif de la séance : concevoir une déclinaison numérique des formations existantes des policiers aux violences faites aux femmes. (crédit photo : Frédéric Bisson/FlickrCC)

Séance de travail dans les locaux du Collectif Féministe Contre le Viol (CFCV), dans le 13ème arrondissement de Paris. Autour de la table, Marie-France Casalis, porte-parole de cette association d’écoute et d’accompagnement des femmes victimes de viol ; une capitaine de police, représentant la Direction centrale du recrutement et de la formation de la Police Nationale ; et Make.org, initiateur et coordinateur de l’opération "Certif Soutien Femmes".

Ce projet est l’une des 8 actions lancées par Make.org et ses partenaires à l’issue de la consultation citoyenne Stop aux Violences Faites aux Femmes. Lors de cette consultation, des participants avaient suggéré de renforcer la formation des professionnels en rapport direct avec les femmes victimes de violences, notamment les policiers et les magistrats. C’est donc l’objectif de Certif Soutien Femmes : élaborer une formation continue qualifiante à destination des policiers sur la déconstruction des stéréotypes, le repérage, l’accueil et l’orientation des femmes victimes de violences et ce, en complément des formations déjà existantes. Ce programme pédagogique numérique prendra la forme de 15 modules vidéo de 3 minutes, développés par la start-up Coorp Academy, experte en formations en ligne innovantes.

Toucher un large public

Ce jeudi après-midi, il s’agit donc de définir le contenu de ces 15 modules et d’établir la liste de toutes les ressources documentaires disponibles. "La Police nationale s’est emparée de la problématique des violences faites aux femmes depuis de nombreuses années, explique en préambule la capitaine de police présente. Confrontés quotidiennement à ces situations de violences, les policiers reçoivent des formations particulièrement denses dès leur entrée à l’école de police, dispensées sur plusieurs jours, puis tout au long de leur carrière, en présence d’intervenants spécialisés." Ces formations sont, à ce jour, exclusivement proposées en présentiel. "Il s’agit, sur un sujet aussi sensible, de favoriser les échanges d’expériences et les bonnes pratiques afin de permettre aux policiers, confrontés à une situation de violences conjugales ou d’agression sexuelle, d’adopter une posture adaptée vis-à-vis de la victime et d’acquérir les bons réflexes professionnels", poursuit la capitaine de police. En format court et dispensé en ligne, ce nouveau programme devrait permettre de toucher, en formation continue, un large public de policiers.

Pendant trois heures, les deux femmes vont partager, avec empathie et humour, leur expertise de terrain et leurs connaissances impressionnantes de toutes les réglementations, études et statistiques sur le sujet. Les thèmes envisagés pour chaque module sont examinés un par un : l’ampleur du phénomène des violences faites aux femmes ; la déconstruction des stéréotypes (comme l’idée qu’il pourrait y avoir de "vrais viols" ou de "vraies victimes") ; les qualifications pénales selon qu’il s’agisse d’un viol ou d’autres agressions sexuelles (harcèlement, revenge porn), que les violences aient lieu dans la sphère publique ou au sein du couple...

Comment accueillir une victime ?

Vient ensuite la sensibilisation aux stratégies des agresseurs, aux conséquences psychiques sur la victime. "C’est important de faire attention à la dissociation, souligne Marie-France Casalis. Il arrive qu’une femme décrive son agression comme si elle racontait les soldes au Bon Marché, cela peut créer des défenses par rapport à la parole des victimes." Sur les violences conjugales, la militante du CFCV insiste sur la mesure d’accompagnement protégé des enfants, mise en place dans les cas les plus graves, lorsque la mère est hospitalisée par exemple.

Chaque sujet est l’occasion de raconter une anecdote vécue, de préciser un terme, d’attirer l’attention sur un point particulier. Comme par exemple ces femmes qui viennent retirer une plainte déposée contre leur conjoint : faut-il y déceler le signe d’une emprise, une étape potentiellement inquiétante dans le cycle de la violence ? Et puis, comment accueillir une victime au commissariat ? Comment mener l’audition ? Faut-il la regarder tout le temps, ou détourner le regard de temps en temps pour la laisser reprendre ses esprits ? Reste, enfin, à aborder l’orientation des victimes, le rôle des associations, les dispositifs de protection et le déroulement de la procédure judiciaire. Prochaine étape : la transmission de ces contenus à Coorp Academy, pour la conception des scénarios de chacun des modules.