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Gauvain Sers, parrain de la Grande Cause Environnement : “Il est très important que les artistes donnent leur avis”

Publié le
14/11/2019
par
Lisa Vaturi
∙ Mis à jour le
15/11/2019
Le compositeur et chanteur Gauvain Sers, 30 ans, auteur de la chanson “Y’a plus de saisons”, est convaincu qu’une mobilisation citoyenne massive peut faire bouger les lignes, car “toutes les révolutions, tous les progrès sociaux, sont toujours venus des gens”.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours, comment vous êtes devenu musicien ?

Je suis originaire de la Creuse, mon père est prof de maths, ma mère est pharmacienne, j’ai fait des études d’ingénieur en maths appliquées, bref, je n’étais pas du tout prédestiné à faire de la musique ! Mais elle a toujours été très présente dans ma vie car mon père est un grand amateur, il nous emmenait aux concerts et on écoutait beaucoup de musique à la maison. D’ailleurs, une chanson de mon premier album s’appelle “Dans la bagnole de mon père”, elle raconte comment j’en suis venu à faire de la musique.

A la fin de l’adolescence, je me suis mis à écrire des premiers textes après mes premiers chagrins d’amour, puis à prendre la guitare pour m’accompagner. J’ai écrit beaucoup de chansons pendant mes études à Toulouse, et dès que j’ai eu mon diplôme, je suis parti à Paris pour tenter ma chance. J’ai commencé à jouer dans des petits bars, des cabarets, et petit à petit, il y avait de plus en plus de monde aux concerts, et je me suis professionnalisé, j’ai rencontré des managers, un tourneur… Les choses se sont faites petit à petit, et tout à coup, tout s’est accéléré, il y a eu un effet boule de neige, les planètes se sont alignées : j’ai fait les premières parties de Tryo, puis Renaud m’a appelé pour faire une première partie au Zénith ! On a fait un an de tournée avec lui, c’était une expérience incroyable. Après, on a senti qu’il y avait un emballement avec le public et j’ai pu signer avec un très gros label, Mercury, qui était à fond derrière moi, et tout s’est enchaîné : la sortie du premier album, le premier clip avec Jean-Pierre Jeunet, la tournée, le passage à l’Olympia, l’album disque de platine, plein de belles choses... Les trois dernières années ont été assez dingues ! Et là, le deuxième album est sorti en mars, dans lequel se trouve la chanson “Y’a plus de saisons”.

Comment sont nés votre prise de conscience et votre engagement sur l’environnement ?

Au fur et à mesure, en regardant autour de toi, tu commences vraiment à te rendre compte que le climat change. Cet été, c’était la goutte d’eau : tous les jours il y avait un incendie sans précédent, une tornade, une inondation dans un endroit où il n’y en avait jamais eu, une canicule à 43 degrés alors que quand j’étais petit, je me souviens qu’on hallucinait quand la température dépassait les 30 ! J’ai grandi dans un village à la campagne, j’ai toujours eu beaucoup de verdure autour de moi, j’adore la nature, les animaux, les oiseaux, donc forcément, ça te marque. Quand je suis rentré chez moi cet été dans la Creuse, le gazon était tout jaune, il n’y avait plus d’eau au robinet… Et là, tu te dis qu’il y a vraiment un problème.

Il fallait que cela nous arrive en pleine figure pour qu’on saisisse la gravité de la situation, mais je pense que maintenant, le grand public a compris. Ca reste une question compliquée parce que c’est un engagement pour l’avenir, alors que les gens ont beaucoup d’autres problèmes au quotidien. Il y a deux échelles à maîtriser en même temps, et on ne peut pas en vouloir à des gens de ne pas penser avant tout à l’environnement quand ils sont submergés par les galères pour trouver du boulot, nourrir les enfants… Ce n’est pas évident de se projeter, mais je pense quand même qu’il y a une accélération de la prise de conscience aujourd’hui.

Comment se traduit cet engagement dans votre vie quotidienne, dans votre travail ? 

Dans mon travail, j’ai écrit la chanson “Y’a plus de saisons”, et je suis sûr qu’il y aura très souvent des clins d’oeil à ces sujets dans mes futurs morceaux. Dans mon quotidien, j’ai essayé de changer plein de petites choses : j’utilise le moins de plastique possible, je fais mes courses à la biocoop, j’ai effacé tous mes vieux mails inutiles, ça m’a pris un temps fou ! Et en tournée, on est passés à la gourde ! En revanche, malheureusement, on est obligés de continuer à se déplacer en bus, avec tout le matériel… Mais c’est important, en tant qu’artiste, d’essayer d’être un peu un modèle.

Pourquoi est-il important, selon vous, que les artistes s’engagent sur ces questions ?

Les artistes ont une très grande visibilité, et le public s’intéresse à ce qu’ils pensent, disent, et font. C’est aussi leur rôle d’éveiller la curiosité et la sensibilité sur certains sujets. Pour moi, être artiste, ce n’est pas seulement écrire des chansons d’amour et faire danser les gens, c’est aussi super important de donner son avis. Les artistes que j’adore, c’est ceux qui essaient d’apporter quelque chose socialement, un regard, même s’il est décalé, cynique, humoristique, que ce soit des artistes de street art, des photographes, il y a plein de façons de faire passer des messages. Je pense que l’avis des artistes a un gros impact sur les gens. Quand je vois des artistes qui ont des millions d’abonnés sur les réseaux sociaux, je me dis que quand ils postent quelque chose, c’est beaucoup plus important qu’une émission de télé !

Quel sens cela a-t-il pour vous d’être le parrain de la Grande Cause de Make.org sur l’Environnement ?

Je me suis renseigné sur les anciennes Grandes Causes de Make.org sur les violences faites aux femmes, sur l’accès à la culture pour tous, sur le fait de donner une chance à chaque jeune…, et j’ai trouvé cela assez bluffant. Tout le monde a de bonnes idées, mais il fallait un moyen de les recueillir et de les regrouper, il fallait une plateforme comme celle-là. Et puis surtout, ce qui m’a plu, ce sont les actions qui sont mises en place après. C’est important de partir des consensus, des idées qui mettent tout le monde d’accord, plutôt que les solutions nous soient imposées d’en haut.

Gauvain Sers interprète sa chanson "Y'a plus de saisons" lors du lancement de la Grande Cause #ActionEnvironnement, le 5 novembre 2019, à la Maison de la Radio.

Mais, comme cela a été dit par certains lors du lancement de la Grande Cause, le 5 novembre, à la Maison de la Radio, on a parfois l’impression que l’enjeu est tellement énorme qu’il relève davantage de l’action des gouvernements, des Etats, des sommets internationaux... Pourquoi est-il important selon vous que les citoyens se mobilisent aussi ?

L’un ne va pas sans l’autre. Si les politiques se sentent acculés et qu’ils voient que des millions de personnes sont impliquées, je pense que ça va finir par les faire bouger aussi. Pour gagner des élections, il faut séduire des gens, donc si les gens veulent quelque chose, il va falloir aller dans leur sens. Toutes les vraies révolutions, tous les progrès sociaux, sont toujours venus des gens.

Lors du lancement de la Grande Cause, c’était super intéressant de voir plein d’acteurs très différents, qui sont tous très impliqués. Le constat est évidemment alarmant, mais je suis quelqu’un d’optimiste, donc j’ai envie d’avoir de l’espoir. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, mais j’ai l’impression qu’il s’est passé plus de choses dans les six derniers mois que pendant les vingt dernières années. Ca s’accélère un peu partout.

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